Maladie parodontale : du diagnostic au traitement, ce qu’il faut savoir

Parodontologie · Guide clinique

Maladie parodontale : du diagnostic au traitement, ce qu’il faut savoir

Gingivite ou parodontite ? Poche de 3 mm ou de 6 mm ? Stade II ou stade III ? Le diagnostic parodontal repose sur des critères précis, codifiés depuis la classification internationale de 2018. Voici comment structurer la démarche, de l’examen clinique au plan de traitement.

⏳ Lecture : 8 min 🦷 Parodontologie 📋 Étudiant & clinicien 📅 2026
~50 %des adultes présentent une forme de parodontite au cours de leur vie, selon l’OMS
3 mmprofondeur de poche au-delà de laquelle une atteinte parodontale doit être suspectée
4 stades(I à IV) pour classer la sévérité d’une parodontite selon la classification 2018

Gingivite et parodontite : ne pas confondre

La maladie parodontale désigne l’ensemble des affections inflammatoires d’origine bactérienne touchant le parodonte : gencive, ligament alvéolo-dentaire, cément et os alvéolaire. Elle est initiée par le biofilm bactérien (plaque dentaire), en particulier certaines bactéries du complexe rouge (Porphyromonas gingivalis, Tannerella forsythia, Treponema denticola), dont la présence est fortement corrélée à la sévérité de la destruction parodontale.

🟦 La gingivite

  • Inflammation limitée à la gencive
  • Réversible, sans perte d’attache
  • Saignement au brossage ou au sondage
  • Œdème et rougeur gingivale
  • Aucune résorption osseuse

🟧 La parodontite

  • Atteinte irréversible du parodonte profond
  • Perte d’attache clinique et résorption osseuse
  • Peut évoluer vers mobilité puis perte dentaire
  • Nécessite un traitement actif et un suivi
  • Sévérité graduée en stades et grades
💡 Toute parodontite commence par une gingivite, mais toute gingivite n’évolue pas nécessairement vers une parodontite : la susceptibilité individuelle (génétique, tabac, diabète, stress) joue un rôle déterminant dans cette transition.

La démarche diagnostique : les éléments clés de l’examen clinique

Le diagnostic parodontal repose sur un examen clinique standardisé, complété par un bilan radiographique. Chaque paramètre apporte une information complémentaire, indispensable pour poser un diagnostic précis et reproductible.

📏Sondage parodontal

Mesure de la profondeur de poche à l’aide d’une sonde graduée, sur 6 points par dent. Un sulcus sain mesure 1 à 3 mm.

📐Niveau d’attache clinique

Distance entre la jonction émail-cément et le fond du sillon ou de la poche : le paramètre de référence pour quantifier la destruction.

🩸Saignement au sondage

Indicateur direct d’inflammation active du tissu parodontal, à consigner systématiquement site par site.

↘️Récession gingivale

À mesurer et additionner au NAC lorsqu’elle est présente, pour ne pas sous-estimer la perte d’attache réelle.

🦷Mobilité et furcation

Mobilité dentaire et atteinte de furcation à rechercher systématiquement sur les dents pluriradiculées.

📷Bilan radiographique

Rétro-alvéolaires ou panoramique : évaluation de la perte osseuse, de sa localisation et de son étendue.


La classification 2018 : stades et grades

Depuis le World Workshop de 2018 (American Academy of Periodontology / European Federation of Periodontology), la parodontite est décrite selon deux axes complémentaires : le stade (sévérité et complexité) et le grade (vitesse de progression et facteurs de risque).

Stade ILégère

NAC 1-2 mm. Perte osseuse < 15 % du tiers coronaire.

Stade IIModérée

NAC 3-4 mm. Perte osseuse 15-33 % du tiers coronaire.

Stade IIISévère

NAC ≥ 5 mm. Atteinte du tiers moyen ou apical de la racine.

Stade IVTrès sévère

Idem stade III, avec perte de 5 dents ou plus liée à la parodontite.

Le grade (A : progression lente, B : modérée, C : rapide) tient compte de la vitesse d’évolution observée, du ratio perte osseuse/âge, et des facteurs de risque comme le tabagisme ou un diabète mal équilibré. Il oriente le pronostic et l’intensité de la surveillance à mettre en place.

La prise en charge thérapeutique, étape par étape

Le traitement parodontal suit une approche séquentielle, recommandée par les lignes directrices européennes (EFP, 2020). Chaque étape conditionne le passage à la suivante.

1
Contrôle des facteurs de risque

Motivation à l’hygiène bucco-dentaire, arrêt du tabac, équilibration du diabète, détartrage supra-gingival. Cette étape conditionne le succès de toute la suite du traitement.

2
Thérapeutique causale

Surfaçage radiculaire (instrumentation sous-gingivale), manuel ou aux ultrasons, visant à éliminer le biofilm et le tartre sous-gingival responsables de l’inflammation.

3
Sites non répondeurs

Reprise d’instrumentation ciblée, ou chirurgie parodontale (lambeau d’accès, régénération) pour les poches résiduelles après réévaluation.

4
Maintenance

Thérapeutique parodontale de soutien : contrôles réguliers, réévaluation périodique du risque, renforcement de la motivation à l’hygiène.

La réévaluation à 6-8 semaines après l’étape 2 est essentielle : elle conditionne le passage ou non à l’étape 3 (chirurgie). Une réévaluation trop précoce sous-estime la cicatrisation en cours.

Facteurs de risque à ne pas négliger

🚬Tabagisme

Facteur de risque majeur, ralentit la cicatrisation et masque le saignement gingival, biaisant l’évaluation clinique.

🩺Diabète non équilibré

Relation bidirectionnelle avec la parodontite : chacun aggrave le contrôle de l’autre.

🪥Hygiène insuffisante

Plaque bactérienne non contrôlée, principal moteur initial de l’inflammation gingivale.

🧬Facteurs génétiques

Susceptibilité individuelle documentée, notamment dans les formes agressives à progression rapide.

😣Stress et médicaments

Immunosuppresseurs, anticonvulsivants : certains traitements modifient la réponse inflammatoire et gingivale.

🍬Terrain général

Obésité, désordres hormonaux (grossesse, ménopause) : des cofacteurs à intégrer dans l’anamnèse.


Les règles d’or du suivi parodontal

📐
Sonder systématiquement, sur 6 points par dentUn sondage incomplet fait manquer des poches localisées et sous-estime la sévérité réelle de l’atteinte.
🔄
Ne jamais sauter l’étape du contrôle des facteurs de risqueSurfacer sans motiver à l’hygiène ni traiter le tabac ou le diabète expose à une récidive rapide.
Respecter le délai de réévaluation6 à 8 semaines minimum après le surfaçage avant de juger de la nécessité d’un geste chirurgical.
🗂
Documenter stade et grade dès la première consultationCe classement structure le plan de traitement et sert de référence pour suivre l’évolution.
🔁
Inscrire le patient dans une maintenance à vieLa parodontite est une maladie chronique : sans suivi régulier, le risque de récidive reste élevé.

Signes qui doivent alerter

Certains signes cliniques imposent une prise en charge rapide, sans attendre le prochain contrôle de routine.

⚠ Mobilité dentaire croissante

Signe d’une perte d’attache avancée ou d’un traumatisme occlusal associé. À explorer sans délai.

🚨 Abcès parodontal

Tuméfaction douloureuse, parfois fébrile : drainage et réévaluation du site en urgence.

💧 Suppuration au sondage

Traduit une infection active du site, souvent associée à une poche profonde non stabilisée.

↔ Migration ou apparition de diastèmes

Conséquence d’une destruction osseuse avancée modifiant l’équilibre des forces occlusales.

En résumé : un diagnostic parodontal rigoureux repose sur la mesure systématique du niveau d’attache clinique et sur son interprétation à la lumière de la classification 2018. Le traitement doit toujours suivre une logique séquentielle — contrôle des facteurs de risque avant tout geste instrumental — pour offrir les meilleures chances de stabilisation à long terme. La maintenance parodontale n’est pas une option : c’est la condition de la pérennité du résultat.
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❓ Questions fréquentes

Quelle est la différence entre gingivite et parodontite ?

La gingivite est une inflammation gingivale réversible, sans perte d’attache. La parodontite implique une destruction irréversible du parodonte (perte d’attache et d’os), avec un risque de mobilité et de perte dentaire en l’absence de traitement.

Comment mesure-t-on la sévérité d’une parodontite ?

Par le niveau d’attache clinique, la profondeur de poche au sondage et la perte osseuse radiographique, permettant de déterminer le stade (I à IV) et le grade (A à C) selon la classification de 2018.

Le surfaçage radiculaire suffit-il à traiter une parodontite ?

Dans de nombreux cas oui, à condition d’y associer un contrôle rigoureux des facteurs de risque. Pour les sites non répondeurs après réévaluation, une chirurgie parodontale peut être nécessaire.

À quelle fréquence faut-il un contrôle de maintenance ?

Le rythme est individualisé selon le grade et le risque du patient, généralement entre 3 et 6 mois. Un patient grade C ou fumeur nécessite un suivi plus rapproché qu’un patient grade A stabilisé.

La parodontite peut-elle repartir après traitement ?

Oui : c’est une maladie chronique. Sans maintenance régulière et sans contrôle des facteurs de risque (tabac, diabète, hygiène), la récidive reste fréquente même après un traitement initial réussi.

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