Maladie parodontale : du diagnostic au traitement, ce qu’il faut savoir
Gingivite ou parodontite ? Poche de 3 mm ou de 6 mm ? Stade II ou stade III ? Le diagnostic parodontal repose sur des critères précis, codifiés depuis la classification internationale de 2018. Voici comment structurer la démarche, de l’examen clinique au plan de traitement.
Gingivite et parodontite : ne pas confondre
La maladie parodontale désigne l’ensemble des affections inflammatoires d’origine bactérienne touchant le parodonte : gencive, ligament alvéolo-dentaire, cément et os alvéolaire. Elle est initiée par le biofilm bactérien (plaque dentaire), en particulier certaines bactéries du complexe rouge (Porphyromonas gingivalis, Tannerella forsythia, Treponema denticola), dont la présence est fortement corrélée à la sévérité de la destruction parodontale.
🟦 La gingivite
- Inflammation limitée à la gencive
- Réversible, sans perte d’attache
- Saignement au brossage ou au sondage
- Œdème et rougeur gingivale
- Aucune résorption osseuse
🟧 La parodontite
- Atteinte irréversible du parodonte profond
- Perte d’attache clinique et résorption osseuse
- Peut évoluer vers mobilité puis perte dentaire
- Nécessite un traitement actif et un suivi
- Sévérité graduée en stades et grades
La démarche diagnostique : les éléments clés de l’examen clinique
Le diagnostic parodontal repose sur un examen clinique standardisé, complété par un bilan radiographique. Chaque paramètre apporte une information complémentaire, indispensable pour poser un diagnostic précis et reproductible.
Mesure de la profondeur de poche à l’aide d’une sonde graduée, sur 6 points par dent. Un sulcus sain mesure 1 à 3 mm.
Distance entre la jonction émail-cément et le fond du sillon ou de la poche : le paramètre de référence pour quantifier la destruction.
Indicateur direct d’inflammation active du tissu parodontal, à consigner systématiquement site par site.
À mesurer et additionner au NAC lorsqu’elle est présente, pour ne pas sous-estimer la perte d’attache réelle.
Mobilité dentaire et atteinte de furcation à rechercher systématiquement sur les dents pluriradiculées.
Rétro-alvéolaires ou panoramique : évaluation de la perte osseuse, de sa localisation et de son étendue.
La classification 2018 : stades et grades
Depuis le World Workshop de 2018 (American Academy of Periodontology / European Federation of Periodontology), la parodontite est décrite selon deux axes complémentaires : le stade (sévérité et complexité) et le grade (vitesse de progression et facteurs de risque).
NAC 1-2 mm. Perte osseuse < 15 % du tiers coronaire.
NAC 3-4 mm. Perte osseuse 15-33 % du tiers coronaire.
NAC ≥ 5 mm. Atteinte du tiers moyen ou apical de la racine.
Idem stade III, avec perte de 5 dents ou plus liée à la parodontite.
La prise en charge thérapeutique, étape par étape
Le traitement parodontal suit une approche séquentielle, recommandée par les lignes directrices européennes (EFP, 2020). Chaque étape conditionne le passage à la suivante.
Motivation à l’hygiène bucco-dentaire, arrêt du tabac, équilibration du diabète, détartrage supra-gingival. Cette étape conditionne le succès de toute la suite du traitement.
Surfaçage radiculaire (instrumentation sous-gingivale), manuel ou aux ultrasons, visant à éliminer le biofilm et le tartre sous-gingival responsables de l’inflammation.
Reprise d’instrumentation ciblée, ou chirurgie parodontale (lambeau d’accès, régénération) pour les poches résiduelles après réévaluation.
Thérapeutique parodontale de soutien : contrôles réguliers, réévaluation périodique du risque, renforcement de la motivation à l’hygiène.
Facteurs de risque à ne pas négliger
Facteur de risque majeur, ralentit la cicatrisation et masque le saignement gingival, biaisant l’évaluation clinique.
Relation bidirectionnelle avec la parodontite : chacun aggrave le contrôle de l’autre.
Plaque bactérienne non contrôlée, principal moteur initial de l’inflammation gingivale.
Susceptibilité individuelle documentée, notamment dans les formes agressives à progression rapide.
Immunosuppresseurs, anticonvulsivants : certains traitements modifient la réponse inflammatoire et gingivale.
Obésité, désordres hormonaux (grossesse, ménopause) : des cofacteurs à intégrer dans l’anamnèse.
Les règles d’or du suivi parodontal
Signes qui doivent alerter
Certains signes cliniques imposent une prise en charge rapide, sans attendre le prochain contrôle de routine.
⚠ Mobilité dentaire croissante
Signe d’une perte d’attache avancée ou d’un traumatisme occlusal associé. À explorer sans délai.
🚨 Abcès parodontal
Tuméfaction douloureuse, parfois fébrile : drainage et réévaluation du site en urgence.
💧 Suppuration au sondage
Traduit une infection active du site, souvent associée à une poche profonde non stabilisée.
↔ Migration ou apparition de diastèmes
Conséquence d’une destruction osseuse avancée modifiant l’équilibre des forces occlusales.
❓ Questions fréquentes
La gingivite est une inflammation gingivale réversible, sans perte d’attache. La parodontite implique une destruction irréversible du parodonte (perte d’attache et d’os), avec un risque de mobilité et de perte dentaire en l’absence de traitement.
Par le niveau d’attache clinique, la profondeur de poche au sondage et la perte osseuse radiographique, permettant de déterminer le stade (I à IV) et le grade (A à C) selon la classification de 2018.
Dans de nombreux cas oui, à condition d’y associer un contrôle rigoureux des facteurs de risque. Pour les sites non répondeurs après réévaluation, une chirurgie parodontale peut être nécessaire.
Le rythme est individualisé selon le grade et le risque du patient, généralement entre 3 et 6 mois. Un patient grade C ou fumeur nécessite un suivi plus rapproché qu’un patient grade A stabilisé.
Oui : c’est une maladie chronique. Sans maintenance régulière et sans contrôle des facteurs de risque (tabac, diabète, hygiène), la récidive reste fréquente même après un traitement initial réussi.

